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À l’école de Marie Madeleine : reconnaître le Vivant

Nous parlons beaucoup, aujourd’hui, de protéger le vivant, d’en prendre soin et de retrouver notre lien avec la nature. Les scientifiques l’étudient, les écologistes nous alertent sur sa fragilité, tandis que les philosophes interrogent la place que nous occupons parmi les êtres vivants. Jusque dans nos aspirations les plus personnelles, nous exprimons le désir de mener une vie plus vivante, plus authentique, plus profondément enracinée. Si ce mot nous attire autant, c’est peut-être parce que nous pressentons qu’il ne suffit pas d’exister pour être pleinement vivant. Nous pouvons avoir des journées bien remplies, multiplier les projets et donner l’image d’une vie réussie, tout en ressentant intérieurement un manque de souffle. Au fond de nous demeure la soif d’une vie qui ait du sens, qui traverse les épreuves et qu’aucune circonstance ne puisse entièrement nous enlever. Nous, chrétiens, parlons aussi du Vivant. Mais lorsque nous employons ce mot, nous ne désignons pas seulement la beauté de la création ou la force mystérieuse de la vie. Nous parlons d’une Personne : Jésus Christ, mort sur la Croix et ressuscité. Celui qui a traversé la mort continue aujourd’hui de rejoindre les hommes et les femmes au cœur de leur histoire pour leur donner la vie en plénitude.


C’est ce Christ vivant que Marie Madeleine a rencontré. Et cette rencontre a bouleversé toute son existence.


Marie Madeleine

Marie Madeleine, une femme rejointe et relevée par Jésus


Lorsque nous pensons à Marie Madeleine, nous la voyons souvent devant le tombeau vide, en larmes, au matin de Pâques. Pourtant, son histoire avec Jésus commence bien avant ce matin décisif. Saint Luc nous apprend qu’elle avait été délivrée de « sept démons » (Lc 8, 2). L’Évangile n’en dit pas davantage. Il ne nous permet pas de connaître précisément la nature de son mal ni de l’identifier à la femme pécheresse mentionnée dans un autre passage. Une chose, cependant, est certaine : Marie Madeleine a fait l’expérience d’une libération profonde. Jésus ne l’a pas enfermée dans son passé. Il ne l’a pas réduite à ce qui l’avait blessée, entravée ou tenue captive. Il l’a rencontrée, aimée et relevée. À partir de là, sa vie a pris une direction nouvelle.


C’est peut-être la première chose qu’elle nous enseigne : la vie chrétienne ne commence pas par nos efforts pour devenir irréprochables. Elle commence lorsque nous nous laissons rejoindre par le Christ tels que nous sommes. Ce n’est pas notre perfection qui attire son regard ; c’est son amour qui, peu à peu, nous restaure et nous rend libres de Le suivre.


Marcher avec le Christ dans la vie quotidienne


Après avoir été relevée, Marie Madeleine choisit de suivre Jésus. Elle L’accompagne sur les chemins, écoute sa parole et soutient sa mission avec d’autres femmes. Sa rencontre avec le Christ devient un chemin vécu jour après jour.


Il en va de même pour nous. La foi grandit rarement dans des expériences extraordinaires. Elle mûrit dans ces fidélités discrètes que personne ne remarque : une prière murmurée malgré la fatigue, un pardon donné, une tâche ordinaire accomplie avec amour, une Eucharistie reçue, quelques instants de silence pour écouter la Parole de Dieu... Marcher avec le Christ, ce n’est pas attendre une vie idéale pour Lui faire une place. C’est L’accueillir dans notre vie telle qu’elle est, avec ses joies, ses fatigues, ses imprévus et ses recommencements.


Quelle place faisons-nous aujourd’hui à Jésus dans notre vie quotidienne ?


Marie Madeleine au pied de la Croix : demeurer dans la nuit


Puis vient la Croix. Marie Madeleine ne peut rien empêcher, rien expliquer, rien réparer. Elle ne peut qu’être là. Alors elle demeure auprès de Jésus.


Il existe aussi, dans nos vies, des heures où Dieu semble silencieux. Nous prions, mais rien ne change. Nous espérons, mais la nuit demeure. Nous voudrions comprendre, trouver des réponses, entrevoir une issue. Pourtant, il nous est parfois seulement demandé de rester auprès du Seigneur.


Marie Madeleine nous rappelle que demeurer est déjà une manière de croire. Lorsque nous n’avons plus de paroles à adresser à Dieu, nous pouvons encore Lui offrir notre présence. Lorsque notre foi ne sait plus quoi dire, elle peut encore choisir de ne pas partir.


Au tombeau vide, reconnaître Jésus ressuscité


Au matin de Pâques, « Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres » (Jn 20, 1). Les ténèbres entourent encore Marie et habitent sans doute aussi son cœur. Elle cherche Jésus parmi les morts, alors que le Vivant se tient déjà près d’elle. Elle regarde le tombeau, enfermée dans la douleur de ce qu’elle croit avoir perdu, sans percevoir que Dieu est en train d’ouvrir devant elle un chemin nouveau.


Nous aussi, nous revenons parfois vers nos tombeaux : une blessure ancienne, une perte, une espérance déçue, une page de notre histoire que nous ne parvenons pas à tourner. Nous cherchons la vie en regardant ce qui n’est plus. Marie Madeleine ne reconnaît pas Jésus ressuscité. Elle Le prend pour le jardinier. Alors Jésus prononce simplement son nom : « Marie ! » (Jn 20, 16) Un seul mot suffit. En l’appelant par son nom, Jésus la rejoint au plus intime de son histoire. Ses yeux s’ouvrent et elle reconnaît Celui qu’elle cherchait.


Le Ressuscité connaît aussi notre nom. Il connaît nos larmes, nos blessures et nos attentes. Il peut être tout près de nous alors même que nous Le croyons absent. Il ne nous rejoint pas comme une foule anonyme. Il appelle chacun personnellement, avec toute la tendresse de Celui qui nous connaît et nous aime.


Marie Madeleine, premier témoin de la Résurrection


Après avoir reconnu Jésus, Marie Madeleine ne peut pas garder cette rencontre pour elle. Le Ressuscité l’envoie vers les disciples et elle leur annonce : « J’ai vu le Seigneur ! » (Jn 20, 18) Marie Madeleine devient ainsi le premier témoin de la Résurrection auprès des disciples. Elle ne sait pas tout expliquer. Elle ne possède pas toutes les réponses. Elle témoigne simplement de Celui qu’elle a rencontré.


À son école, nous apprenons nous aussi à relire notre vie à la lumière du Christ ressuscité.

  • Où le Seigneur m’a-t-Il rejoint ?

  • De quoi m’a-t-Il relevé ?

  • Dans quelles nuits est-Il demeuré près de moi ?

  • Quand ai-je reconnu sa voix ?

Peu à peu, nous découvrons que Dieu était là. Il était présent dans les moments lumineux, mais aussi dans les larmes, les attentes et les recommencements. Sa présence ne supprime pas toujours l’épreuve, mais elle ouvre, au cœur même de l’épreuve, un passage vers la vie.


Prenons quelques instants de silence pour présenter au Seigneur les pages lumineuses et obscures de notre histoire. Laissons-Le nous montrer où Il était déjà présent. Peut-être entendrons-nous, nous aussi, notre nom dans le silence. Et peut-être pourrons-nous dire, avec notre propre vie : « J’ai vu le Seigneur ! »



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