Pourquoi est-ce si difficile de prier ? Les 5 erreurs les plus fréquentes
- Estelle Fakam
- il y a 16 heures
- 9 min de lecture
Nous sommes nombreux à nous décourager dans la prière. Les distractions semblent prendre toute la place, nous ne ressentons rien de particulier, ou nous avons parfois l'impression de perdre notre temps. Peu à peu, le doute s'installe : est-ce que je prie vraiment ? Est-ce que Dieu m'écoute ? Pourtant, ces difficultés ne sont généralement pas le signe d'un manque de foi ou de bonne volonté. Elles proviennent souvent d'une compréhension incomplète de ce qu'est réellement la prière.
Sans nous en rendre compte, nous abordons parfois notre relation à Dieu avec les réflexes que nous avons développés dans le reste de notre vie : nous recherchons des résultats rapides, des émotions fortes, une méthode efficace ou des progrès visibles. Mais la logique de Dieu est différente. La prière n'est ni une technique à maîtriser ni une performance à accomplir. Elle est avant tout une rencontre, une relation vivante avec Celui qui nous aime. Or toute relation demande du temps pour grandir, de la fidélité pour s'approfondir et un certain apprentissage pour mûrir.
C'est pourquoi il est utile d'identifier quelques erreurs fréquentes qui peuvent, souvent à notre insu, freiner notre vie de prière.

1. Croire que prier, c'est forcément ressentir quelque chose
Quand on commence à prier, on s'attend souvent à ressentir quelque chose : une paix intérieure, une joie, une certaine consolation. Et quand rien de toute celà ne se passe, on conclut vite que la prière n'a servi à rien, qu'elle n'a pas été bonne ni fructueuse. Nous vivons dans une culture où l'émotion est devenue la mesure du vrai. Si je ressens quelque chose, c'est réel. Sinon, c'est vide. Sans s'en rendre compte, on applique parfois cette logique à notre vie spirituelle.
Or l'amour ne se réduit pas aux émotions ni aux sentiments. L'amour véritable se reconnaît davantage à la fidélité qu'à l'intensité. Il en va de même avec Dieu.
Sainte Thérèse d'Avila décrivait la prière comme « un commerce intime d'amitié où l'on s'entretient souvent seul à seul avec Celui dont on sait qu'il nous aime ». Elle ne parle pas de sensations, mais d'amitié.
La prière n'est pas d'abord une expérience à vivre, mais une présence à accueillir. Certains jours, cette présence s'accompagnera d'une vraie consolation. D'autres jours, elle semblera silencieuse. Dieu est pourtant également présent dans les deux cas. Continuer à venir vers Lui même sans rien ressentir : c'est précisément ce qu'on appelle la foi.
2. Parler à Dieu sans jamais lui laisser la parole
Quand on prie, on a souvent beaucoup à dire. On présente ses intentions, ses soucis, ses difficultés. On demande pour soi, pour ceux qu'on aime. Tout cela est bon et nécessaire. Mais il arrive que la prière ressemble à un monologue. On parle, puis on repart.I maginons une amitié où une seule personne parlerait sans jamais écouter l'autre. Cette relation finirait par s'appauvrir. La prière est une rencontre. Elle suppose une parole, mais aussi une écoute. Le jeune Samuel nous offre une belle disposition intérieure quand il répond à Dieu : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » (1 S 3,10). Cette phrase pourrait résumer toute une vie spirituelle.
Attention toutefois, "écouter Dieu" ne signifie pas entendre une voix ou des révélations extraordinaires. Le plus souvent, Dieu nous parle à travers sa Parole, les événements, les mouvements discrets de notre cœur, ou cette lumière intérieure qui nous aide à mieux voir ce que l'on vit. Mais pour entendre, il faut accepter de faire silence. Nos difficultés dans la prière viennent de cette incapacité à demeurer quelques instants simplement présents, sans rien faire. La vraie prière, ce n'est pas seulement parler à Dieu. C'est aussi lui faire de la place.
3. Attendre d'avoir envie pour prier
Combien de fois nous sommes-nous dit : « Ce soir je suis fatigué », « Je n'ai pas la tête à ça », ou encore : « Demain, je serai plus disponible » ? Et le lendemain ressemble souvent à la veille.
Nous attendons parfois que l'envie de prier surgisse spontanément. Pourtant, nous savons bien que les réalités essentielles de notre vie ne fonctionnent pas ainsi. Nous n'attendons pas toujours d'avoir envie de manger pour nourrir notre corps lorsqu'il en a besoin. Nous ne prenons pas soin des personnes que nous aimons uniquement lorsque nous en ressentons le désir. Certaines actions sont guidées non par l'envie du moment, mais par la conscience d'un besoin plus profond.
Il en va de même pour la prière. Même lorsque nous n'en éprouvons pas le désir immédiat, notre âme demeure habitée par une soif de Dieu. Saint Augustin l'exprimait magnifiquement : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne demeure en toi. » La fidélité précède souvent le désir. Dans l'Évangile, Jésus invite ses disciples à « toujours prier sans se décourager » (Lc 18,1). Cette persévérance n'est pas réservée à quelques âmes héroïques. Elle consiste simplement à revenir vers Dieu jour après jour, quelles que soient nos dispositions intérieures. Et c'est souvent dans les périodes de sécheresse, lorsque nous continuons à prier sans goût particulier, que la relation s'approfondit le plus. Peu à peu, nous cessons de chercher ce que la prière peut nous apporter pour rechercher Celui dont nous avons profondément besoin.
Cette découverte est essentielle : nous ne prions pas seulement parce que nous en avons envie, mais parce que nous avons besoin de Dieu.
4. Vouloir « réussir » sa prière
Une autre erreur fréquente consiste à aborder la prière comme un exercice qu'il faudrait réussir. Après un temps de prière, nous nous évaluons parfois comme après un examen : ai-je été suffisamment concentré ? Ai-je utilisé la bonne méthode ? Ai-je assez médité ? Ma prière a-t-elle été efficace ? Cette manière de penser est compréhensible. Nous vivons dans un monde où tout semble devoir être mesuré, évalué et optimisé. Nous avons appris à rechercher des résultats et à juger nos efforts à l'aune de leur efficacité. Il est donc tentant d'appliquer la même logique à notre vie spirituelle.
Pourtant, la prière n'est pas une performance. Dieu ne nous attend pas avec une grille d'évaluation à la main. Il ne mesure ni notre niveau de concentration ni notre capacité à produire de belles pensées spirituelles. Ce qu'il désire avant tout, c'est notre présence.
Pensons à un jeune enfant qui court vers son père. Son élan peut être maladroit, hésitant ou désordonné ; cela n'a aucune importance. Il est accueilli non pour la qualité de son geste, mais parce qu'il est son enfant. De la même manière, lorsque nous nous tournons vers Dieu, nous venons à lui avec ce que nous sommes, nos élans généreux comme nos pauvretés, nos moments de ferveur comme nos distractions. Ce n'est pas un hasard si Jésus enseigne à ses disciples à commencer leur prière par ces mots : « Notre Père ». Avant d'être une pratique spirituelle, la prière est une relation filiale. Nous ne nous présentons pas devant un juge chargé d'évaluer nos performances, mais devant un Père qui se réjouit de nous voir venir à lui.
Le fruit de la prière dépend bien moins de ce que nous faisons pour Dieu que de ce que nous Le laissons accomplir en nous.
5. Se réfugier dans les formules au lieu d'entrer dans la rencontre
L'Église nous a légué un trésor spirituel incomparable : le Notre Père, le Je vous salue Marie, les psaumes, le chapelet, les litanies et tant d'autres prières qui ont nourri des générations de croyants. Ces formules sont précieuses, car elles nous apprennent à prier avec les mots mêmes de l'Église. Mais il arrive que nous les utilisions comme un refuge. Les mots se succèdent tandis que notre esprit vagabonde ailleurs. Nous achevons notre prière sans pouvoir dire ce qui nous a habités, ni même si nous avons réellement pris conscience de la présence de Dieu. Nous avons parlé des lèvres, mais le cœur est resté à distance. C'est contre cette tentation que Jésus met en garde lorsqu'il dit : « Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens » (Mt 6,7). Il ne critique pas la répétition en elle-même ; lui-même priait les psaumes et l'Église n'a jamais cessé de reprendre les mêmes paroles dans sa liturgie. Ce qu'il dénonce, c'est une parole qui tourne sur elle-même sans engager la personne tout entière.
Les prières de l'Église ne sont pas une fin en soi. Elles sont des chemins qui conduisent à la rencontre de Dieu. Elles ont pour vocation d'éveiller notre foi, de nourrir notre espérance et d'enflammer notre amour. Lorsqu'elles sont priées avec attention, elles deviennent un véritable dialogue avec le Seigneur. Parfois, il vaut mieux s'arrêter longuement sur une seule phrase du Notre Père ou du Je vous salue Marie que d'en réciter plusieurs dans la précipitation. Car la qualité de la prière ne dépend pas du nombre de mots prononcés, mais de l'ouverture du cœur à Celui à qui l'on s'adresse.
La véritable prière engage toute notre personne : notre intelligence qui médite, notre cœur qui aime, notre volonté qui se donne et notre désir qui cherche Dieu. C'est alors que les formules cessent d'être de simples textes à réciter pour devenir les mots d'une rencontre vivante avec le Seigneur.
Alors, comment prier concrètement ?
Il existe dans la tradition chrétienne une grande diversité de chemins pour prier. Certaines personnes sont nourries par la lecture méditée de l'Écriture, d'autres par le chapelet, la liturgie des Heures, l'adoration ou encore l'oraison silencieuse. Mais avant même de choisir une méthode, quelques repères simples peuvent nous aider à vivre une rencontre authentique avec le Seigneur.
Avant la prière : se donner un rendez-vous
Toute relation a besoin de fidélité. Il en va de même pour la vie de prière.
Choisissez, autant que possible, un moment et un lieu propices à la rencontre. Pour certains, ce sera le matin avant que les sollicitations de la journée ne prennent toute la place ; pour d'autres, le soir lorsque le calme revient. L'essentiel n'est pas tant l'heure choisie que la fidélité à ce rendez-vous.
Il est également bon de fixer à l'avance une durée réaliste : dix, quinze, vingt ou trente minutes selon vos possibilités et votre état de vie. Puis de s'y tenir. Quitter sa prière après quelques minutes parce que l'on s'ennuie ne permet pas d'apprendre la persévérance. À l'inverse, vouloir prolonger excessivement son temps de prière par enthousiasme peut conduire à la lassitude ou au découragement. Dans la vie spirituelle, la régularité porte généralement davantage de fruits que les élans exceptionnels.
Pendant la prière : se tenir en présence de Dieu
La première étape consiste à prendre conscience de Celui devant qui nous nous tenons. Dieu est déjà là. Il nous précède toujours. Il nous regarde avec amour et nous attend. Pour entrer dans cette présence, il peut être utile de commencer par un chant, une invocation à l'Esprit Saint ou une prière préparatoire. Dans la tradition ignacienne, on demande au Seigneur cette grâce essentielle : que toutes nos pensées, nos intentions, nos actions et nos désirs soient ordonnés à sa plus grande gloire.
On peut alors demeurer simplement quelques instants dans cette présence aimante, sans chercher à faire quoi que ce soit de particulier. Ou, il est également possible de prendre un passage d'Évangile et de le lire lentement. Entrer dans la scène, regarder les lieux, observer les personnages, écouter les paroles du Christ, laisser résonner un mot ou un détail qui attire l'attention. L'objectif n'est pas d'analyser le texte mais de se laisser rejoindre par le Seigneur à travers lui.
Lorsque quelque chose touche le cœur, il est bon de s'y arrêter. La prière devient alors un dialogue. On peut parler à Jésus avec simplicité, comme à un ami, lui confier ce qui habite notre cœur, lui présenter nos joies, nos blessures, nos questions ou simplement demeurer en silence auprès de lui.
Après la prière : prolonger la rencontre dans la journée
Une fois le temps de prière terminé, avant de reprendre vos activités, prenez quelques instants pour relire ce que vous venez de vivre. Peut-être qu'une parole de l'Évangile vous a particulièrement touché, qu'une lumière s'est faite sur une situation, qu'un désir nouveau est né dans votre cœur, ou qu'une question demeure ouverte devant le Seigneur. Ces traces, parfois très discrètes, méritent d'être notées et conservées, car elles révèlent souvent la manière dont Dieu travaille en nous.
Mais il peut aussi arriver que vous ayez l'impression qu'il ne s'est rien passé. Aucune émotion particulière, aucune lumière nouvelle, aucun mouvement intérieur notable. Ne concluez pas trop vite que votre prière a été inutile. La vie spirituelle ne se mesure pas à ce que nous percevons sur l'instant. Comme la pluie qui pénètre lentement la terre ou la semence qui germe dans l'obscurité, l'action de Dieu est souvent cachée. Bien des fruits n'apparaissent qu'avec le temps. Dans ces moments-là, vous pouvez simplement noter votre fidélité au rendez-vous donné au Seigneur. Cette fidélité elle-même est déjà une grâce et un acte d'amour. Car une prière n'est pas féconde seulement lorsqu'elle nous touche ; elle l'est aussi lorsque, dans la foi, nous consentons à demeurer en présence de Dieu sans rien voir ni rien ressentir.
Choisissez donc une parole, une lumière reçue ou simplement le souvenir de cette présence offerte à Dieu et emportez-la avec vous. Revenez-y plusieurs fois au cours de la journée. Peu à peu, vous découvrirez que la prière n'est pas une parenthèse dans votre emploi du temps, mais une source qui irrigue toute votre existence.





Commentaires